Liberté résulte d’une longue écriture méditative, de 2009 à 2017, — après la survie in extrémis d’une troisième vie en retrait —, récapitulant et cherchant à donner sens à une seconde vie toute à disposition (Gestell) du monde. Quant à la première vie, il faudrait lire le Récit de ses préambules.

 

Pour poursuivre l’écriture, il me faut tenir compte de l’instant inéluctable où je « n’imaginerai plus rien ni ne me souviendrai de plus rien » et où la dernière page blanche le restera définitivement.

 

L’astuce d’une découpe en cahiers s’impose. Chacun devra si possible se conclure dans la durée, à l’instar des variations d’une suite musicale, jusqu’à la dernière s’évanouissant, à jamais inachevée.

 

J’ai commencé par me figurer trois de ces futurs cahiers. Leur ordre pourra varier selon leur progression. D’autres pourront suivre.

 

Une première tâche sera consacrée aux définitions, axiomes et propositions majeures de l’Éthique — particulièrement du Livre I —, dans la mesure où elles éclairent la question générale des liens entre infini et fini, plus particulièrement entre l’infiniment infini substantiel de Spinoza et les modes finis, entre l’éternité et la durée et entre la nécessité et la contingence.

 

La question me parait cruciale, car elle doit ou non confirmer la pertinence du thème dominant de Liberté et son aval spinozien, à savoir que « plus j’intellige les choses singulières, plus j’intuitionne la nature infinie ». Cette affirmation constitue l’axe des différents thèmes du livre.

 

Il s’agit chaque fois de s’assurer avec toute la rigueur possible de l’indépendance de nos savoirs théoriques et pratiques par rapport à « tout arrière-plan imaginable » qui ait prétention à une vérité unique et absolue, et qui vise, par une quelconque astuce métaphysique ou idéologique, l’infini.

 

Le champ illimité ouvert à un savoir fini et toujours perfectible est et restera toujours l’empirie, sans cesse expérimentable, vérifiable, modifiable et surtout en mutation constante.  

 

Le second cahier éprouvera les conditions de possibilité réaliste d’une démocratie directe, intelligente et efficace.

 

Liberté propose un canevas d’achèvement du projet démocratique spinozien. Un tel canevas implique une politisation intelligente du plus grand nombre possible de citoyens, une production interminable de réservoirs micropolitiques positifs guidant et contrôlant directement les institutions, une société donc où consensus et dissensus peuvent s’équilibrer et où le peuple entier peut exercer effectivement sa souveraineté dans le respect de sa diversité.

 

L’opposé donc de la démocratie contemporaine, survivant péniblement, presque à l’état de vestige des idéologies du progrès, comme le rite périodique d’une liberté factice pour consommateurs dans l’équivaloir du grand marché. L’inverse aussi du choix passionnel d’individus — tout à fait convaincus de leur moi profond, de leur libre arbitre et de leur créance en diverses figurations du monde — pour un parti, une religion, une idéologie ou trop souvent des personnages..., cela tous les quatre ans dans l’imprévisible humeur du moment.

 

Il faut donc s’assurer à la fois des possibilités concrètes de l'amendement intellectuel du plus grand nombre possible d’individus — maitres de leurs passions et en nombre suffisant pour faire poids — et à la fois d’institutions compétentes et efficaces laissant s'exercer la souveraineté populaire.

 

Le troisième cahier prospectera — en vue de tester la pertinence des approches politique et écosophique de Liberté — les mutations, déjà bien amorcées en ce début du XXIe siècle, de l’espèce humaine et de son environnement social et naturel.

 

Différents avenirs possibles pour l’homme du IIIe millénaire seront esquissés. Avenirs qui tous disqualifient — pour les deux pôles idéologiques traditionnels —, les rigidités conservatrices et contre réformatrices, toutes déjà dépassées.

 

Parmi les questions posées, par exemple :

 

Quels sont les risques de voir l’espèce humaine disparaitre comme telle et avec elle ses œuvres et son bilan ?

 

Mutera-t-elle vers une nouvelle espèce dont le corps et le mental hérités d’homo sapiens seront technologiquement augmentés ? Des corps prothétiques ! Peut-être, mais quel sera le mental augmenté de ces corps ? Quelles individualités, quelles sociétés pourraient-elles s'ensuivre ?

 

Les développements de l’intelligence artificielle, du deep learning et de ses algorithmes super intelligents, des réseaux cybernautes dits-sociaux, des grandes bases de données planétaires (big data), de la robotique… vont-ils remplacer les hommes pour la plus grande part des tâches et des métiers, non seulement manuels, mais aussi et surtout des savoir-faire intellectuels ?

 

Cette perspective, déjà concrète bien qu'imprécise, va-t-elle concerner ou non l’espèce humaine (humanoïde bionique ?) de demain, la dite-espèce en grande majorité délivrée du travail ? Ou alors va-t-elle profiter exclusivement à une très petite élite, seule gestionnaire de tout le capital mondial, économique et technologique ? Dès lors qu’adviendra-t-il du reste ?

 

L’avenir même de toute démocratie – de toute souveraineté populaire –, n’est-il pas menacé ?